LE FONDATEUR · CHAQUE MERCREDI · 9 SEPTEMBRE 2026

Votre premier projet IA est plus petit que vous ne le croyez.

· 4 min de lecture

Il y a quelques semaines, le dirigeant d’une ETI industrielle me dit qu’il attend. Pas la technologie, précise-t-il. L’argent. Pour lui, un vrai projet d’IA, c’est plusieurs centaines de milliers d’euros et un programme sur deux ou trois ans. Le sujet est donc reporté au plan de l’an prochain, exactement là où il figurait déjà l’an dernier.

Il a raison d’être prudent. Il se trompe d’ordre de grandeur, et cette erreur lui a coûté un an.

Au printemps, Siparex et Bpifrance ont recensé vingt projets d’IA menés à leur terme dans des PME et des ETI françaises, dans un livre blanc intitulé « Les audacieux de l’IA ». Le chiffre qu’un dirigeant doit retenir est celui-ci : 70 % de ces projets ont demandé un investissement compris entre 15 000 et 100 000 euros, et 80 % ont été déployés en moins de six mois. Ce n’est pas la plaquette d’un éditeur de logiciels. C’est un fonds d’investissement et la banque publique qui examinent des entreprises qu’ils financent, au terme de trois ans de travail auprès de plus de 1 500 entreprises.

Une réserve que je préfère écrire plutôt que taire : ces vingt-là sont des cas qu’ils ont choisi de publier, pris chez des entreprises qu’ils accompagnent. Ce sont des réussites, pas un échantillon représentatif. À lire comme un ordre du possible, pas comme une moyenne.

Le reste du tableau explique l’hésitation. En deux ans, la part des PME et ETI françaises ayant lancé un projet d’IA est passée de 15 % à 55 %. Parmi les 110 dirigeants interrogés par Siparex fin 2025, 86 % en font une priorité stratégique, contre 48 % douze mois plus tôt. Les discours ont avancé plus vite que les budgets.

Ce n’est pas un problème de technologie. C’est un problème d’exécution.

Une entreprise qui a réussi ↓

Aldes fabrique des solutions de qualité de l’air et de ventilation : 380 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1 900 collaborateurs. Son problème n’avait rien de spectaculaire. Mille courriels par jour demandant un devis, cinquante technico-commerciaux qui les qualifient à la main, et une promesse de réponse en quarante-huit heures de plus en plus difficile à tenir.

Ce qu’ils ont construit n’a rien de spectaculaire non plus. Un système qui lit chaque courriel entrant, le classe, prépare les questions à poser quand la demande est incomplète, et prépare le devis quand elle ne l’est pas. Coût de construction, environ 40 000 euros. Durée, cinq mois. Coût de fonctionnement, 60 000 euros par an, que je cite précisément parce que c’est la ligne que la plupart des récits oublient. Gain estimé en première année, 800 000 euros, entre la productivité des équipes et les demandes qui ne refroidissaient plus.

Deux détails comptent davantage que ces chiffres. Ils ont commencé par une preuve de concept sur un périmètre volontairement étroit, les devis en dessous de 3 000 euros. Et ils ont mis sept utilisateurs clés dans la phase de test, qui sont devenus ceux qui ont vendu le projet en interne. C’est cela, la méthode, et cela ne coûte rien. Chiffres communiqués par l’entreprise via son investisseur, et les 800 000 euros sont une estimation : à lire comme un ordre de grandeur.

La conclusion de l’étude dit la même chose en une ligne : le facteur clé de succès n’est pas la technologie, c’est la méthode.

Les 3 essentiels pour vous

  • L’ordre de grandeur est de 15 000 à 100 000 euros et moins de six mois, pas un programme pluriannuel. Si votre premier projet est chiffré dix fois au-dessus, c’est le périmètre qui est faux, avant la technologie.
  • Les projets qui rapportent sont rarement les spectaculaires. La moitié du panel relève de l’intermédiaire, un tiers du simple. Le simple est là où l’on commence, et c’est lui qui finance la suite.
  • Ce qui sépare ces vingt-là des autres, c’est la méthode et non l’argent : deux ou trois cas priorisés, un responsable nommé, des équipes formées. C’est une décision que vous pouvez prendre ce mois-ci, à votre échelle.

Ce que je ferais à votre place…

Arrêtez de dimensionner le budget IA. Dimensionnez le premier cas. Prenez une tâche que vos équipes font chaque semaine et dont vous connaissez déjà le coût en heures. Demandez un chiffrage sur ce seul cas, avec la préparation des données et l’accompagnement des équipes visibles dès la première page, et confrontez-le à la fourchette de 15 000 à 100 000 euros. S’il y entre, vous tenez votre réponse et votre périmètre. S’il n’y entre pas, vous avez appris quelque chose de plus utile : le périmètre était trop large, et personne ne vous l’avait dit.

Puis donnez-lui une date. Pas une date de démarrage, une date de décision, avec le chiffre de départ auquel vous comparerez le résultat. Les projets qui ne finissent jamais sont ceux que personne n’a accepté de juger.

Ce que nous construisons chez YPrtnrs va dans le même sens. Un moteur d’exécution, Y, votre chef de cabinet IA, qui prépare, rédige et organise, puis vous laisse la décision. Je propose, vous décidez.

Le cas de l’attente n’est pas absurde. Une entreprise dont l’historique de ventes est en désordre, ou dont l’année est déjà engagée, peut raisonnablement décider que son premier cas sera une décision de janvier plutôt que de septembre. C’est défendable, et je l’ai vu tenir chez des gens sérieux.

Ce qui a expiré, c’est la troisième option : laisser le sujet au plan de l’an prochain parce que le budget a été imaginé trop grand. Celle-là a déjà été prise deux fois, par défaut, et elle le sera une troisième fois de la même manière tant que personne ne met un chiffre sur un cas unique.

Ma boîte est ouverte pour les chiffres qui contredisent cette fourchette, ou pour un premier projet sorti très au-dessus : arnaud@yprtnrs.com. Je lis tout, et je réponds personnellement.

Arnaud
Arnaud QuintinFONDATEUR, YPRTNRS · AUTEUR DE LA NOTE D’ARNAUD

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