LE FONDATEUR · CHAQUE MERCREDI · 19 AOÛT 2026

Vos équipes utilisent déjà l'IA. Sans vous.

· 4 min de lecture

Un déjeuner, il y a quelques mois, avec le dirigeant d'une belle PME industrielle. Il me dit : « L'IA, nous n'y sommes pas encore. J'attends d'y voir clair. » Vingt minutes plus tard, son directeur commercial me montre sur son téléphone comment il prépare ses rendez-vous : il colle l'historique du client dans une IA gratuite et lui demande un plan d'entretien. Les données clients, dans un outil que personne n'a validé. Le dirigeant tombait des nues.

Je ne raconte pas cette scène pour pointer qui que ce soit : je l'ai revécue plusieurs fois depuis, y compris chez des entreprises très bien tenues. Et je comprends les équipes. L'outil fait gagner une heure, alors on l'utilise. Ce n'est pas de l'indiscipline, c'est du bon sens individuel. Le vrai sujet est ailleurs : l'IA est la première technologie qui entre dans l'entreprise par les employés, pas par la direction. Pendant qu'on « attend d'y voir clair », l'usage s'installe, sans cadre et sans protection. Une étude récente donne l'ampleur du phénomène : 59 % des salariés utilisent des outils d'IA que leur entreprise n'a pas autorisés.

Une entreprise qui s'y est bien prise ↓

La banque espagnole BBVA a pris le contre-pied exact de l'interdiction. Elle a ouvert l'accès à l'IA à ceux qui le demandaient, des volontaires et non des désignés, avec deux règles simples posées dès le départ : les données confidentielles ne sortent jamais, et une réponse d'IA se vérifie avant de servir. Puis elle a organisé le partage : chacun publie ses assistants et ses usages dans une bibliothèque interne, les équipes se montrent ce qui marche. En quelques mois, les salariés ont créé près de trois mille assistants partagés, pour un gain d'environ trois heures par semaine et par utilisateur.

Le plus intéressant n'est pas le chiffre. Ce sont les réfractaires du début qui s'y sont mis, non parce qu'on le leur a demandé, mais parce qu'un collègue leur a montré son usage sur un vrai dossier. Et les sujets délicats (la confidentialité, les réponses inventées, ce qui exige une relecture humaine) se sont appris là, en situation, infiniment mieux que par une note de service. Pourquoi cela a marché ? Parce que la banque n'a pas cherché à contrôler l'enthousiasme : elle l'a canalisé. Le cadre rendait l'usage sûr ; le partage le rendait contagieux.

Les 3 points essentiels pour vous

  • Votre entreprise utilise déjà l'IA. La seule question est : avec vous, ou sans vous.
  • La leçon de BBVA : on ne contrôle pas l'enthousiasme, on le canalise. Le cadre rend l'usage sûr ; le partage le rend contagieux, y compris pour les réfractaires.
  • Deux règles suffisent pour démarrer : ce qui ne sort jamais (vos données sensibles), ce qui se vérifie toujours (toute réponse qui engage). Le reste s'apprend entre collègues, pas par note de service.

Ce que je ferais à votre place…

Reprendre la mécanique de cette banque, à l'échelle d'une PME : elle ne demande ni plateforme ni budget. D'abord, cette semaine, posez la question en réunion d'équipe, sans sanction à la clé : « qui utilise quoi, pour quoi faire ? » Vous serez surpris, et c'est plutôt une bonne nouvelle : vos équipes ont déjà envie, comme les volontaires de BBVA. Ensuite, posez ses deux règles, les mêmes, sur une page. Puis créez votre bibliothèque de partage à vous : trente minutes toutes les deux semaines où chacun montre un usage qui lui fait gagner du temps. C'est exactement ce moment-là qui, chez eux, a fusionné les bonnes pratiques, converti les craintifs et appris les sujets sensibles sans note de service. Et dès que possible, donnez à vos équipes mieux que l'outil gratuit : un outil validé, nourri de vos données, qui rend le contournement inutile.

Écrivez-moi. Vous vivez cette situation ? Vous l'avez réglée autrement ? Écrivez-moi : arnaud@yprtnrs.com. Je lis tout, et je vous répondrai personnellement.

Arnaud
Arnaud QuintinFONDATEUR, YPRTNRS · AUTEUR DE LA NOTE D’ARNAUD

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